Ile Monsin

Le démergement

Sur la carte d'Europe, la Meuse dessine son cours majestueux.

On la trouve sur les toiles de Patenier au Metropolitan Museum de New-York, sur les aquarelles de Turner au British Museum de Londres, dans les légendes, dans les poèmes et les chansons, dans le folklore de France, de Belgique et des Pays-Bas.

Mais ce n'est pas la douce Meuse de Jeanne d'Arc, ni celle plus sauvage des Quatre Fils Aymon, pas plus que celle namuroise chère à François Bovesse, mais c'est celle qui a porté dans ses eaux boueuses et mugissantes, inondations, mort et misère, celle qui a conduit les hommes à unir leurs énergies, leurs intelligences et leur savoir-faire pour tenter de maîtriser ses crues et ses débordements par des aménagements et des ouvrages appropriés.

Ainsi est né en région liégeoise le démergement.

Ce vieux vocable français est un nom masculin, c'est le substantif tiré du verbe démerger : terme de vocabulaire de l'exploitation minière qui signifie exhaurer, assécher, évacuer les eaux de ...

Le terme démergement signifie dans le cadre de l'activité de l'A.I.D.E. "les dispositions voulues pour évacuer les eaux afin de prévenir les inondations dues aux affaissements miniers".

Après les inondations importantes dont elles ont souffert au début du 20ème siècle, les communes intéressées, Seraing, Jemeppe, Sclessin, Tilleur, Flémalle, Ougrée et Angleur se sont donc groupées dès 1928 en une intercommunale, A.I.D.E.

Paradoxalement, l'industrie du charbon est à l'origine du démergement.

Deux principes directeurs sont à la base de la technique du démergement.

Le premier est l'évacuation directe en Meuse des eaux des plateaux et des collines qui font partie du bassin hydrographique à protéger.

Le second est l'utilisation de deux différents types de collecteurs qui permettent l'évacuation des eaux de la plaine. Inondations 1925-26

Sans le démergement, Seraing, la grande cité industrielle, serait régulièrement, au moins une fois par an, envahie par les eaux avec des inondations sur voirie dépassant fréquemment deux mètres. Aujourd'hui, elle en est à l'abri. Lors de l'hiver 1993-94, la Meuse violente sortait de son lit et inondait les régions dinantaise, namuroise et hutoise sans parler de la France et des Pays-Bas. Seraing échappait, elle, à la montée des eaux. Pourtant, cette crue était la plus importante enregistrée depuis 1925.

La plaine sérésienne, sous le niveau de la Meuse depuis le début de la crue aurait été ainsi inondée avec une amplitude de plus de quatre mètres en l'absence ou en cas de défaillance des installations de démergement, héritier du long savoir-faire wallon.

<Photographies de la crue de 1925-1926>
<Visualisation des niveaux de crue>